Regards à l'oeuvre

29.01.2020

Regards à l'oeuvre: les Ménines de Velazquez


Pour admirer Les Ménines de Velazquez, le voyage à Madrid est juste incontournable. Commandée par le roi d'Espagne comme "Tableau de la famille" pour son cabinet d'été où elle demeurera jusqu'en 1736, cette oeuvre aujourd'hui hyper commentée et célébrée ne circule pas. Et cela ne dépend pas de sa grande dimension: 318 x 276 cm. Comme le dit Guillaume Kientz, curateur de l’exposition Velazquez au Grand Palais de Paris en 2015 : « Les Ménines sont un monument et on ne fait pas venir un monument. On le visite.»

Allons-y, que voit-on? une fabuleuse composition à tiroirs, où portraits et autoportrait s'emboîtent en un jeu de miroirs qui peut se répéter à l'infini. Dans une grande pièce du palais de l'Alcázar de Madrid, se tiennent plusieurs personnages de la cour, dont, au centre la jeune infante Marguerite-Thérèse, entourée de ses demoiselles d'honneur, de son chaperon, de son garde du corps, de deux nains et d'un chien. L'auteur du tableau, le peintre Velazquez se représente en plein milieu, un peu sur la gauche, observant un modèle situé hors du tableau et qu'un miroir, dans l'ombre à l'arrière-plan, nous révèle. De fait, dans ce portrait de la famille royale, Velazquez se peint, entouré de l'infante et de sa cour, en train de peindre le double portrait qu'on ne verra jamais du roi Philippe IV et de la reine Mariana. Il peint l'acte de peindre lui-même.

Ce qui a intrigué bien des chercheurs, c’est que les radiographies et les infrarouges, effectués lors des récentes restaurations, ont décelé que Velazquez était absent d'une première version qui ne représentait que l'infante et sa cour. Un banal portrait officiel de l'héritière du trône. La seconde version, celle que nous admirons aujourd'hui pour son audace, aurait était rendue nécessaire par la naissance en 1657 d'un héritier mâle. Dès lors on ne pouvait plus considérer ce tableau comme "le tableau" de la famille royale espagnole. Il fallait en faire autre chose...Et quelle chose!

Or, dans cette œuvre de cour devenue autoportrait de l'acte de portaiturer, Velazquez se représente, tenant dans sa main gauche, une palette restreinte, chargée de quelques pâtes colorées. Du vermillon, de l’ocre rouge, de la laque rouge, du blanc de plomb, de l’ocre jaune contrastant avec du bleu, des ocres et du noir. Neufs pigments, offerts à notre curiosité, véritable invitation à entrer dans son univers pictural, comme un partage de recettes d’atelier. Le long pinceau à pointe fine que Velazquez tient dans sa main droite, le « trainard » convient aux travaux de détails et aux fines lignes. Quant à ceux tenus dans sa main gauche, plus difficiles à distinguer, eux aussi à pointes fines, sont probablement des pinceaux « ronds ». Il n’y a pas de pinceaux « balai », ni de « biseau » ou « de langue de chat » servant à l’application des fonds colorés de la première version.

C'est donc bien au magistral travail de "finition" d'un premier tableau devenu obsolète que Velazquez, fait entre-temps chevalier de l'Ordre de Santiago en 1659, nous invite. Suivons-le.

Gisèle Carron

Derniers jours pour l'inscription au voyage Fierté et désillusion. La peinture espagnole du Siècle d'Or.

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